Vous avez dit CRAFT ???

Craft beer… Mais que peuvent bien vouloir dire ces mots que l’on voit gentiment fleurir dans nos contrées ?

Littéralement, le mot anglais « craft » signifie « artisanal » (je vous fais grâce de la traduction du mot beer ;).
En anglais ? mais pourquoi donc ? Ce qu’il est coutune de nommer « craft revolution » nous vient des USA. En effet les Etats-Unis ont été le berceau du renouveau de la brasserie artisanale, dès la fin des années 70. Replantons le décor : à la fin des années 60, après la prohibition et les différentes crises (crises économiques, guerres), le secteur brassicole américain s’est concentré autour d’une soixantaine de brasseries, plutôt de grosses structures, et brassant des bières « fédératrices » (il est joli cet euphémisme), pas fofolles en termes de goût. Dans le milieu des années 70, quelques petites brasseries commencent à émerger, mais le mouvement reste timide, et par le jeu des concentrations, le nombre officiel total de brasseries aux USA tombe à 42 en 1978.
Malgré la fin de la prohibition, il reste interdit de brasser chez soi des bières à plus de 0,5° jusqu’en 1978… Cette année là le Président Jimmy Carter exempte de taxes la bière produite à la maison pour un usage personnel et familial, et légalise le brassage amateur. Cette loi sera effective au 1er février 1979 et va marquer le début d’un véritable mouvement populaire, qui fera le terreau du mouvement « Craft beer » américain. De nombreuses aventures brassicoles, démarrées en amateur dans un garage, aboutiront à la création de brasseries de tailles moins modeste-voire importante- avec une volonté farouche d’explorer de nouveaux styles, de travailler des bières avec du goût, et dans le respect du consommateur. Ainsi en 2020, on dénombre plus de 8 700 brasseries aux USA (https://cdn.brewersassociation.org/wp-content/uploads/2021/04/13092825/BA-2020-Stewardship-Report.pdf). En 2005, les brasseurs américains ont créé une association (Brewers Association) et ont défini les conditions d’utilisation du terme « Craft ». Aux USA, l’utilisation de cet adjectif est réservé aux brasseries :
– de « PETITE » taille : la production annuelle de la brasserie doit être inférieure à 6 millions de barils de bière, soit environ 700 millions de litres (7 millions d’hectolitres),
– indépendantes : moins de 25 % de la brasserie est détenue ou contrôlée par un membre de l’industrie des boissons alcoolisées qui n’est pas lui-même un brasseur artisanal,
– enregistrées auprès du « Alcohol and Tobacco Tax and Trade Bureau » (TTB) et… brasser…
Au delà de ces critères, la Brewers Association promeut un « état d’esprit Craft » basé sur l’utilisation de matières premières « nobles » et traditionnelles dans le respect des contraintes d’hygiène et de sécurité.
Très populaires, et menées par des brasseries de taille tout de même conséquente, les bières « Craft » représentaient 24% du marché global des bières aux USA en 2020.

Et chez nous ?
Comme indiqué ci-dessus, la traduction littérale du terme « craft » est « artisanale ». En France l’emploi du terme « artisan » et de ses dérivés est encadré par la loi n° 96-603 du 5 juillet 1996 relative au développement du commerce et de l’artisanat et le décret n° 98-247 du 2 avril 1998 relatif à la qualification artisanale et au répertoire des métiers. Ces textes précisent que pour se prévaloir du terme artisanal :
– les personnes physiques ou les personnes morales s’immatriculent au répertoire des métiers,
– que l’un des dirigeants de l’entreprise doit avoir un diplôme ou un titre officiel en relation le métier exercé OU une expérience professionnelle dans ce métier de trois ans au moins,
– et que l’effectif de l’entreprise est inférieur à 10 personnes (avec des possibilités d’exceptions jusqu’à 50 salariés).
Sous ce statut relativement large on retrouve des brasseries de tailles variables, brassant de quelques hectolitres à plusieurs milliers par an. Les parts de marché de ces brasseries dans les ventes de bières en France sont de l’ordre de 7%, la marge de progression reste importante !

En ce qui concerne la « population » des brasseries artisanales, bien que l’Europe n’ait jamais institué de prohibition, les phénomènes économiques et géopolitiques ont induit une cinétique assez similaire à celle évoquée ci dessus, avec un nombre important d’opérateurs au début du XXème siècle, puis la disparition de nombreuses structures et des phénomènes de concentration. Ce phénomène de concentration sera renforcé par la nécessité d’avoir une taille critique pour faire face aux investissements indispensables à la production de bières blondes légères de fermentation basse, les fameuses lägers, déclinaison moderne du style « Pils », qui ont alors le vent en poupe.
D’après les chiffres d’Emmanuel Gillard, porteur du projet Amertume, la France comptait plus de 3 300 brasseries en 1903, hors zone Alsace-Lorraine, et à peine une trentaine au début des années 80. A partir de cette date, en parallèle de l’évolution outre Atlantique, et parfois initiée par des expatriés originaires de ces contrées, de petites puis moyennes unités vont de nouveau se créer, pour répondre aux nouvelles attentes d’une partie de la clientèle : des bières locales, et de caractère. En décembre 2020, le cap des 2 000 brasseries a été dépassé en France, et la dynamique de création reste très importante, malgré le contexte de crise sanitaire. Il faut cependant souligner que les 15 plus gros opérateurs produisaient 95% des volumes de bières vendus en France en 2019…

En Bourgogne Franche-Comté, on dénombre actuellement environ 140 brasseries sur l’ensemble des 8 départements, chiffre en hausse régulière, comme au niveau national.
Les pionniers locaux, toujours en activité, ont notamment été :
– la brasserie Rouget de Lisle, fondée par Bruno Mangin en 1994 à Bletterans (39). Les bières Rouget ont tout d’abord été produites à façon par une brasserie partenaire, avant la mise en place d’un outil de production en 2002,
– la Brasserie des Champs, créée en 1996 à Saint Martin du Tertre à côté de Sens (89), et devenue depuis la Brasserie Larché,
– la brasserie du Téméraire, fondée en 1999, à Arc-sur-Tille (21), et dont la gamme a été reprise en 2005 par la brasserie des 3 Fontaines,
– la Brasserie du Roy fondée en 2000 à Vitteaux (21), et devenue depuis la Burgonde,
– la brasserie des trois Fontaines, fondée par Virgile Berthiot en 2001 à Fenay (21), et désormais installée à Bretenières.

Si l’on en revient un peu à notre nombril, nous avons fait le choix de ce nom de « Craft beer pub » pour nous référer tant au côté artisanal, qu’à cet « esprit craft » qui se traduit pour nous par : des produits de qualité, fabriqués localement et par des gens qu’on aime ! A l’exception de la Brasserie Rouget, qui brasse annuellement plus de 20 000 hectolitres, les brasseurs que nous avons sélectionné produisent entre 150 et 1500 hl/an.
Faisons notre mea culpa, oui, nous avons choisi un nom anglais pour un concept purement local, peut être n’était-ce pas la seule bonne solution… Mais on trouvait ça branché (c’était avant que l’on apprenne que le terme « branché » est has been depuis la fin des années 90).
Et puis ça nous permet d’être bien identifiés par les touristes, et d’écrire un article de plus de 1000 mots, pour vous dire que craft ça veut dire artisanal ;).

Une autre question ???

Articles similaires

Parfait accord !

Et si nous profitions de cette période particulière pour déguster nos bières autrement ? A défaut de l’animation et de la convivialité de votre bar habituel, votre tanière peut être le lieu idéal pour une séance de méditation pleine conscience !

Lire la suite

IBU roi ?

Vous avez déjà croisé ce sigle au détour d’un article ou d’un reportage sur la bière, ou vous venez de le trouver sur une fiche produit de notre boutique, mais sa signification reste obscure ? Allez, on vous en dit plus ! IBU est l’acronyme de International Bitterness Unit : Unité Internationale d’Amertume (si l’on veut être exhaustif,

Lire la suite
Retour haut de page